Un CRQC (cryptographically relevant quantum computer) est un ordinateur quantique suffisamment grand et stable pour exécuter l'algorithme de Shor sur des clés réellement déployées, et donc casser RSA, Diffie-Hellman et la cryptographie sur courbes elliptiques. C'est un seuil de capacité, pas une machine particulière : tant qu'il n'est pas franchi, un calculateur quantique n'a aucune conséquence cryptographique.
Ce qui sépare les machines actuelles du seuil
L'obstacle n'est pas le nombre brut de qubits physiques mais la correction d'erreur : il faut agréger de nombreux qubits physiques bruités en qubits logiques stables, puis maintenir la cohérence pendant l'ensemble du calcul. Les estimations publiées varient fortement, et aucune date ne fait consensus. Un RSSI ne devrait donc pas planifier sur une échéance annoncée, mais sur la durée de vie de ses propres secrets.
Pourquoi anticiper malgré l'incertitude
Deux raisons rendent le sujet actuel :
- « Store now, decrypt later » : des flux chiffrés interceptés aujourd'hui peuvent être conservés et déchiffrés le jour où le seuil est franchi. Toute donnée dont la confidentialité doit tenir dix ou vingt ans est déjà exposée.
- L'inertie des parcs : certificats, HSM, firmwares embarqués et signatures de long terme se remplacent sur plusieurs années.
C'est pourquoi le NIST a publié ses standards post-quantiques en 2024 (FIPS 203, 204 et 205) et que l'ANSSI recommande l'hybridation classique et post-quantique pendant la transition.
Aller plus loin : « store now, decrypt later » · plan de migration post-quantique · définition de l'algorithme de Shor · le facteur cognitif de HIAsecure